Pardonner (verbe)
Définition de l'Académie française (éd. 1986)
| Verbe |
X e siècle. Emprunté du latin tardif perdonare, de même sens, composé de l'élément per-, marquant l'accomplissement, la perfection, et de donare, « donner ; faire remise de,
1. Remettre une faute, une offense ; n'en garder nul ressentiment ; renoncer à la châtier ou à en tirer vengeance. Pardonner une insulte, un affront. Je lui pardonne tout le mal qu'il m'a fait. Vos fautes vous sont pardonnées ou, par méton., Vous êtes pardonné, tout pardonné . Pron. à valeur passive. Une telle offense ne peut se
2. Par affaibl. Excuser, considérer avec indulgence. Pardonnez mon ignorance, mon peu d'expérience. Pardonner à quelqu'un ses faiblesses. Je ne me pardonne pas d'avoir commis un tel impair. Il a toujours quelque chose à se faire
Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)
| Verbe |
Accorder le pardon d'une faute commise, ne garder aucun ressentiment d'une injure reçue. En ce sens il a toujours le nom de la chose pour complément direct et le nom de la personne pour complément indirect avec la préposition "à. Pardonner les offenses. Pardonner à quelqu'un." JÉSUS-CHRIST "dit à Marie-Madeleine : Tes péchés te sont pardonnés. Je lui pardonne de bon coeur tout le mal qu'il m'a fait. Je lui pardonne" "de m'avoir offensé. Je vous pardonne pour cette fois, mais n'y revenez plus."
Prov., "Faute avouée est à demi pardonnée."
Il signifie aussi, intransitivement, Faire grâce. "Le roi lui pardonna. Cet écolier avait mérité une punition, son maître lui a pardonné."
"Dieu me pardonne," Façon de parler qui s'emploie dans le discours familier, comme une espèce d'excuse et d'adoucissement. "À l'entendre parler, je croirais, Dieu me pardonne, qu'il a perdu l'esprit."
PARDONNER signifie encore Excuser, supporter, tolérer. "C'est une insolence qui ne peut se pardonner. Pardonnez mes craintes, mes soupçons, mon oubli. Je ne me
Il signifie aussi Voir sans chagrin, sans dépit, sans jalousie. "On lui pardonne ses succès à cause de sa modestie. Cette femme a bien de la peine à
Il régit quelquefois les choses avec la préposition "à", comme si elles étaient personnifiées. "Pardonnez à ma franchise, à mon amitié les reproches que je vous fais. Je pardonne cela à l'état où vous êtes."
Il s'emploie souvent comme un terme de civilité. "Pardonnez-moi," ou simplement "Pardonnez si je vous contredis. Pardonnez-moi la liberté que je prends. Vous me
Il signifie encore Excepter, épargner. En ce sens, il ne s'emploie guère qu'avec la particule négative "ne" et avec la préposition "à. La mort ne pardonne à personne. Le temps ne pardonne à aucune chose." Absolument, "Cette maladie ne pardonne point," On y succombe tôt ou tard.
Le participe passé s'applique parfois aux Personnes. "Il se retira pardonné. Vous êtes tout pardonné."
Dictionnaire d'Emile Littré
1 V. a. Remettre la punition ou la vengeance de quelque chose. Pardonner une offense. Tes péchés te sont pardonnés. Je lui pardonne ses torts.
MAINTENON: « Dieu pardonne plus aisément les crimes que les vices »
LA BRUY.: « Quelque délicat qu'on soit en amour, on pardonne plus de fautes que dans l'amitié »
DELILLE.: « On pardonne les maux, mais non pas les injures »
Neutralement, même signification. Je lui pardonne de m'avoir offensé.
HAUTEROCHE: « On pardonne aisément aux personnes qu'on aime »
MOL.: « Ô ciel ! pardonne-lui comme je lui pardonne »
BOILEAU: « Pardonnez-vous sans peine à tous vos ennemis ? »
LA BRUY.: « Il est pénible à un homme fier de
DUCLOS: « Les rois pardonnent rarement à ceux qu'ils craignent »
LA HARPE: « On ne pardonne point à qui nous fait rougir »
Il s'applique quelquefois à un nom de chose personnifiée.
VOLT.: « Et qui pardonne au crime en devient le complice »
Absolument.
RÉGNIER: « On dit que
MAIRET: « Pardonner à demi, c'est ne
CORN.: « Qui pardonne aisément invite à l'offenser »
LAROCHEF.: « On pardonne tant que l'on aime »
MOL.: « Dire qu'on ne saurait haïr N'est-ce pas dire qu'on pardonne ? »
BOURSAULT: « Les rois comme les dieux sont faits pour
LA HARPE: « Peut-être l'on préfère avec quelque plaisir L'orgueil de
Familièrement. Dieu me pardonne, espèce d'excuse ou d'adoucissement à ce qu'on dit.
VOLT.: « Dieu me pardonne ! madame, je crois que vous n'avez point de chemise ! »
Faire grâce. Le roi lui pardonna. Cet écolier avait mérité une punition, le maître lui a pardonné.
2 Excuser, tolérer.
LA FONT.: « Lynx envers nos pareils, et taupes envers nous, Nous nous pardonnons tout et rien aux autres hommes »
BOSSUET: « Les plus expérimentés dans les affaires font des fautes capitales ; mais que nous nous pardonnons aisément nos fautes, quand la fortune nous les pardonne ! »
FLÉCH.: « M. de Montausier n'a-t-il pas eu, dans la licence de la guerre, une scrupuleuse retenue dans un temps où l'on pardonnait un peu d'avarice, pour entretenir le courage et la bonne humeur des gens de guerre ! »
RAC.: « En faveur de Titus vous pardonnez le reste »
RAC.: « Pardonnez à l'éclat d'une illustre fortune Ce reste de fierté qui craint d'être importune »
LA BRUY.: « L'on ne peut aller loin dans l'amitié, si l'on n'est pas disposé à se
LA BRUY.: « Si quelquefois une femme survient qui n'est pas de leurs plaisirs [des gens d'une coterie]..., ils ne lui
MARIVAUX: « Elle nous a amenées, et elle ne nous le
VOLT.: « Ô mes rois, pardonnez mes larmes paternelles »
Neutralement, même signification.
LA ROCHEFOUC.: « Nous pardonnons souvent à ceux qui nous ennuient ; mais nous ne pardonnons pas à ceux que nous ennuyons »
RAC.: « Pardonne, cher Hector, à ma crédulité »
J. B. ROUSS.: « Je lui pardonne De préférer les beautés De Palès et de Pomone Au tumulte des cités »
VOLT.: « Ah ! seigneur, pardonnez à son impatience »
Terme de civilité. Pardonnez-moi la liberté que je prends d'être d'une autre opinion que vous.
On dit de même : pardonnez-moi ce langage, ces expressions.
BOSSUET: « Représentons-nous ce jeune prince que les Grâces semblaient elles-mêmes avoir formé de leurs mains ; pardonnez-moi ces expressions ; il me semble que je vois encore tomber cette fleur »
Il s'emploie aussi absolument dans des formules analogues de civilité. Pardonnez-moi, ou, simplement, pardonnez si je vous contredis. Vous me
Dans cette acception, on dit quelquefois simplement et sans rien ajouter : Pardonnez-moi, vous me
3 Ne point
BOILEAU: « Il ne pardonne point les endroits négligés »
V. n. Même signification.
BOILEAU: « Il ne pardonne pas aux vers de la Pucelle »
4 Voir sans dépit, sans jalousie. On lui pardonne ses succès à cause de sa modestie.
RAC.: « Il [Antoine Arnauld] plaida cette cause avec une véhémence et un éclat que les jésuites ne lui ont jamais pardonnés »
VERTOT: « Les grands surtout ne pouvaient
V. n. Même signification.
RAC.: « Des droits de ses enfants une mère jalouse Pardonne rarement au fils d'une autre épouse »
5 V. n. Épargner, excepter (en cet emploi, il ne se dit qu'avec ne et à). La mort ne pardonne à personne.
PERROT: « On ne pardonne ni à âge, ni à sexe, à lieu sacré ni à profane »
Absolument. Cette maladie ne pardonne point, on y succombe tôt ou tard.
6 Se
RAC.: « Perfide, cet affront se peut-il
REMARQUE
Quand ce verbe a pour régime un nom de personne, c'est toujours le régime indirect qu'il faut employer :
HISTORIQUE
XIème siècle
Ch. de Rol. CXLVII: Ferut [je] vous ai ; car le me perdunez
ib. 147: Jel vous parduin ici et devant Deu
XIIème siècle
Ronc. p. 48: Et ses pechez perdonas au larron
Couci, XII: Mais or en aiez [obtenez] merci, Et si vous soit pardonné
XIIIème siècle
Ren. 14521: Li rois demande les ostages, à nul d'els nes a pardonés [n'a permis qu'ils ne les donnassent pas]
la Rose, 3151: Ge lo [conseille] que vous li requerés, Qu'il vous pardoint sa malvoillance, Par amors et par recordance
ib. 8679: Biaus seignors, qui que me pardoigne L'ort pechié dont si fort me poise, Ne comment que du pardon voise [aille], Ge ne m'en pardoint pas la paine
XIVème siècle
Chron. de St-Denis, t. II, f° 216: Pierre des Essars fut condamné à cent mille florins ; mais, à la priere du comte de Flandres, le roy luy pardonna 50 mille florins
XVIème siècle
RAB.: « Dieu me le pardoint, je ne le dy de bon cueur »
RAB.: « Pardonnant tout le passé, avecques oubliance sempiternelle de toutes les offenses precedentes »
RAB.: « Le sort, l'usure, et les interestz je perdonne, je me contente des despens »
MONT.: « Granius Silvanus et Statius Proximus, aprez estre pardonnez par Neron, se tuerent »
D'AUB.: « Le malheur ou la faute d'experience d'Ynovie le fit camper une fois seulle en lieu où il n'y avoit point d'eau, ce qui ne lui fut pas pardonné par les bachas et Pierre avec eux qui sçavoit la contrée »
PALISSY: « Les vitriers disent que la lune a ce fait, mais ils me
AMYOT: « Elle ne pardonnoit jamais depuis qu'elle avoit pris une chose à cueur »
COTGRAVE: « Pardonne à tous, mais à toy point »
ÉTYMOLOGIE
Prov. ét esp. perdonar ; port. perdoar ; ital. perdonare ; du latin per, et donare : proprement donner complétement, remettre.
1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française
| Verbe |
Accorder le pardon d'une faute commise, ne garder aucun ressentiment d'une injure reçue. En ce sens, il régit la chose directement, et la personne avec la préposition "à. Pardonner les offenses. Pardonner à quelqu'un." JÉSUS-CHRIST "dit à Marie-Magdeleine: Tes péchés te sont pardonnés. Je lui pardonne de bon coeur tout le mal qu'il m'a fait. Je lui pardonne de m'avoir offensé. Je lui pardonne ses torts. Je vous pardonne pour cette fois, mais n'y retournez plus. Pardonner une faute légère, une faute d'inadvertance."
Il signifie aussi, Faire grâce. "Le roi lui pardonna. Cet écolier avait mérité une punition, son maître lui a pardonné."
Il s'emploie quelquefois absolument. "Il est plus beau de
"Dieu me pardonne." Façon de parler qui s'emploie dans le discours familier, comme une espèce d'excuse et d'adoucissement. "À l'entendre parler, je croirais, Dieu me pardonne, qu'il a perdu l'esprit."
2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie encore, Excuser, supporter, tolérer. "Je lui pardonne facilement la négligence de son style, mais je ne saurais lui
Il signifie aussi, Voir sans chagrin, sans dépit, sans jalousie. "On lui pardonne ses succès à cause de sa modestie. Cette femme a bien de la peine à
3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
régit quelquefois les choses avec la préposition "à," comme si elles étaient personnifiées. "Pardonnez à ma franchise, à mon amitié les reproches que je vous fais. Je pardonne cela à l'état où vous êtes. Je pardonne la négligence de son discours au peu de temps qu'il a eu pour se préparer."
4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
s'emploie souvent comme un terme de civilité. "Pardonnez-moi," ou simplement, "Pardonnez si je vous contredis. Je vous supplie de me
5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie quelquefois, Excepter, épargner. En ce sens, il ne s'emploie guère qu'avec la particule négative "ne," et avec la préposition "à. La mort ne pardonne à personne. Le temps ne pardonne à aucune chose."
Absol., "Cette maladie ne pardonne point," On y succombe tôt ou tard.
1ère ancienne définition de 1798 (Académie Française)
| Verbe |
Accorder le pardon, ne garder aucun ressentiment d'une injure reçue, d'une faute commise. En ce sens il régit la chose directement, et la personne avec la préposition "à, Si nous ne pardonnons les" "offenses qu'on nous a faites, Dieu ne nous
Il signifie aussi simplement, Faire grâce. "Le Roi lui a pardonné".
Il signifie quelquefois simplement, Excuser. "Je lui pardonne facilement la négligence de son style, mais je ne saurois lui
Lorsqu'un homme, dans la chaleur, dans la passion, s'emporte à faire ou à dire quelque chose de mal-à-propos, on dit, "Je pardonne cela à l'état où vous êtes," pour dire, J'excuse cela en considération de l'état où vous êtes. On se sert aussi de ce mot dans le même sens en plusieurs autres occasions. "Il a fait un discours assez médiocre, mais je pardonne cela au peu de temps qu'il a eu pour se préparer".
Il s'emploie aussi quelquefois comme un terme de civilité. "Pardonnez moi," ou simplement, "Pardonnez si je vous contredis. Je vous supplie de me
Dans cette acception, on dit quelquefois simplement, et sans rien ajouter, "Pardonnez-moi, vous me
On dit, "Je ne me pardonne pas d'avoir fait telle chose, d'avoir manqué à telle chose," en parlant d'Une faute qu'on croit avoir commise.
2ème ancienne définition de 1798 (Académie Française)
Pardonner, signifie quelquefois, Excepter, épargner. En ce sens il ne s'emploie guère qu'avec la particule négative "Ne," et avec la préposition "à. La mort ne pardonne à personne. Le temps ne pardonne à aucune chose. Il ne pardonna pas aux choses les plus sacrées".
On dit d'Une maladie dont on est victime tôt ou tard, qu'"Elle ne pardonne point".
Emplacement dans le dictionnaire :
| parcouru pard parde pardessus pardi pardi ou pardine pardon | pardonnable pardonné paré pare pare-à-faux paréage | pareage paréage ou pariage paréatis pareatis pareaux parefeuille parégorique |
Quelques citations relatives :
Citation n°1 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)...à la peine et de son rude travail dans les mauvais temps. - si c'était possible, -si on ne lui donnait pas une punition trop grave, il est certain qu'il ne recommencerait plus et se ferait tout pardonner. C'était une grande résolution, cette fois. Quand il avait bu seulement un verre d'eau-de-vie, après les longues abstinences de la mer, tout de suite sa tête partait, et alors il lui en fallait...
Citation n°2 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)
...un garçon. J'en souffrais beaucoup, et, les impressions des enfants sont si vives et si persistantes, qu'il a fallu des années passées, il a fallu que je devinsse presque un jeune homme pour pardonner à son père et à sa mère les humiliations que j'en avais ressenties. Il en résultait pour moi un désir d'autant plus grand d'être admis à jouer avec elle. Et elle, alors, sentant cela, faisait sa...
Citation n°3 de Émile MOSELLY (Terres lorraines)
...du même coup l'obsession de sa douleur. Certes, elle ne lui ferait pas de reproches, car elle sentait tout au fond de son coeur quelque chose de doux, de triste et de fort qui la poussait à lui pardonner. Elle poserait sa tête sur sa poitrine, elle pleurerait, et lui demanderait de ne plus recommencer. En fille de la campagne prématurément instruite des choses de l'amour par les conversations, elle...
Citation n°4 de Ernest RENAN (L'Avenir de la science)
...n'insulte pas ceux que la nécessité des temps force à se renfermer dans des cénacles ; souvent, il faut le dire, ce n'est pas leur faute. Quand la majorité du public est égoïste et immorale, il faut pardonner à ceux qui se forment en comité secret, quelque préjudice qu'une telle vie doive porter à leur développement intellectuel. Qui peut blâmer les premiers chrétiens de s'être fait un monde à part dans...
Citation n°5 de Ernest RENAN (L'Avenir de la science)
...en même temps qu'il écrit un Moyen pour empêcher les émeutes dans les élections et plusieurs opuscules de circonstance, le tout sans préjudice de sa profession d'avocat. Encore moins puis-je pardonner ce coupable morcellement de la vie scientifique qui fait envisager la science comme un moyen pour arriver aux affaires, et prélève les moments les plus précieux de la vie du savant. Faire du torchon...
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